Tribune de l’ambassadeur dans le journal al-Sabah (1er décembre 2016) : Il faut sauvegarder et valoriser le patrimoine irakien

L’organisation terroriste Daech commet des atrocités que l’actualité nous relate quotidiennement. Elle est également une entreprise de destruction de notre mémoire collective. En s’attaquant aux vestiges des civilisations mésopotamiennes et plus généralement au riche patrimoine du Moyen-Orient, les membres de l’organisation terroriste veulent réduire à néant notre patrimoine commun et donc éradiquer notre identité. La lutte contre Daech si elle doit être menée aux niveaux militaire, sécuritaire et financier doit donc également se placer sur le plan de la culture.

La France a une longue tradition de mise en valeur et de sauvegarde du patrimoine au Moyen-Orient. De nombreuses missions archéologiques françaises travaillent depuis longtemps avec des experts irakiens (universitaires, muséologues…), l’Institut français du Proche Orient basé à Beyrouth a une antenne permanente en Irak, et les accords bilatéraux de coopération successifs, dont le dernier a été ratifié par le parlement irakien cette année, confirment l’attachement réciproque à valoriser ce patrimoine.

Le Président de la République Française, M. François Hollande, a inauguré le 1er novembre au Musée du Louvre de Lens, en présence d’une délégation irakienne, l’exposition L’Histoire commence en Mésopotamie. Cet événement se prolongera jusqu’au 23 janvier 2017. La délégation irakienne, menée par Mme Maysoon Al-Damluji, Présidente de la Commission des Arts et de la culture au Parlement, comprenait également des représentants de l’Ambassade d’Irak à Paris ainsi qu’un groupe de professionnels irakiens ayant suivi à l’Institut National du Patrimoine et au musée du Louvre un stage de quatre semaines, soutenu par l’Ambassade de France en Irak ainsi que les ministères français de la Culture et de la Communication, et des Affaires étrangères et du Développement international. Ces onze experts spécialistes de différentes disciplines (muséographique, juridique, archéologique…) ont ainsi participé à des ateliers portant sur la lutte contre le pillage et le trafic illicite des biens culturels, les nouvelles technologies appliquées à la conservation et à la valorisation du patrimoine archéologique et des biens culturels ou encore la médiation.

C’est parce qu’il a placé la protection du patrimoine en péril au cœur de ses priorités que le Président de la République Française a invité, conjointement avec le prince héritier d’Abou Dhabi, le plus grand nombre d’Etats et d’organisations multilatérales à participer une conférence internationale sur le patrimoine en péril qui sera organisée les 2 et 3 décembre 2016 à Abou Dhabi. La conférence d’Abou Dhabi a l’ambition, par la mobilisation à un haut niveau politique du plus grand nombre d’Etats et d’organisations multilatérales, de déboucher sur des propositions concrètes et ambitieuses.
Ses objectifs sont triples :
• Mise en place d’un fonds international dédié au financement d’actions pour la protection du patrimoine culturel en péril. Ce fonds pourra être abondé par des donateurs publics (Etats, bailleurs, organisations multilatérales) ou privés (fondations, mécènes, particuliers, etc.). L’objectif est d’atteindre à terme la somme de 100 millions de dollars ;
• Mise en place d’un réseau international de refuges, soit un réseau de pays s’engageant sur des garanties communes pour accueillir, de manière temporaire, les biens culturels d’un pays faisant face à une situation de conflit armé ;
• Adoption d’une déclaration politique commune en faveur de la protection du patrimoine en péril, visant à encourager l’adoption d’une résolution cadre sur la protection du patrimoine en péril au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Président Fouad Massoum a déjà fait savoir son intention de participer à cette conférence. La France souhaite que l’Irak, qui est l’une des premières victimes des destructions patrimoniales, puisse jouer un rôle actif à Abou Dhabi, en témoignant de son expérience, en faisant part de ses propositions et en exprimant ses attentes.

Dernière modification : 08/12/2016

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