Tribune de l’ambassadeur dans Sabah (19.06.2016)

Depuis le 21 avril et jusqu’au 18 juillet prochain, le Musée de la cour d’Or de Metz, métropole régionale de l’est de la France, accueille une exposition spécialement consacrée aux artistes irakiens contemporains. Cette importante manifestation culturelle, soutenue par l’ambassade de France à Bagdad, est intitulée « Irak, créer malgré tout ».

Sculpteurs prestigieux, calligraphes réputés et peintres avant-gardistes, cette exposition explore un panorama de la création contemporaine irakienne et de ses artistes les plus marquants. Elle met en valeur l’originalité du travail des créateurs, malgréun quotidien et des conditions difficiles, à travers différents supports (gravure, dessin…), en allant de la vision historique de l’Irak d’antan (les photographies de Lateef al-Ani) à des mondes oniriques qui sont comme autant de refuges de l’innocence et de la poésie (la peinture de Yusra al-Abadi) en passant par le chaos (illustré par le peintre Mahmood). Dans sa globalité, cette manifestation vise à montrer au public français la richesse, le caractère vivant et la diversité de la création artistique contemporaine en Irak, pays que les medias occidentaux, dans l’urgence de l’actualité, résument trop souvent à la guerre contre Daech.
Cet événement à forte visibilité n’est toutefois que l’une des facettes du soutien que la France apporte à la création culturelle en Irak aujourd’hui. En effet, malgré la fermeture pour travaux du site de l’Institut Français d’Irak à Bagdad, qui nous prive provisoirement d’un espace d’exposition et d’échanges dont nous souhaitons tous la réouverture, la France a continué à promouvoir et soutenir les arts vivants et visuels en Irak.

Ainsi, depuis 2015, plus d’une vingtaine de jeunes intéressés par les métiers de la culture ont pu avec le soutien de l’ambassade et dans le cadre du programme CultureLab de l’Institut français de Paris, prendre part à des festivals culturels en France comme le festival international du film de La Rochelle, le festival du théâtre d’Avignon, le festival International de danse et de chant de Châteauroux , le festival international des cultures du monde de Gannat, ou encore effectuer à Paris et dans d’autres villes des séjours de formation, de contact et d’échange avec leurs homologues français et étrangers. . Nous continuerons de le faire tout au long de l’année 2016. A Bagdad également, nous souhaitons mettre en avant la création de jeunes artistes en soutenant notamment le festival d’art contemporain multidisciplinaire Tarkib qui a lieu chaque année en mars-avril.

Dans le domaine de la littérature, nous avons notamment contribué à la publication de la première anthologie d’auteures irakiennes, après 2003, Les yeux d’Inanna. Ce recueil a tout d’abord été édité en langue arabe, puis traduit en allemand en 2015 et en français en février 2016. Ce projet, a vu le jour grâce à l’initiative de Birgit Swenson, journaliste allemande qui, en collaboration avec Amal Ibrahim, écrivaine et responsable de l’ONG culturelle Al-Noor, a choisi les auteures et sélectionné les textes. L’objectif principal était de de donner une vue d’ensemble de la littérature des femmes-auteurs irakiennes contemporaines en démontrant que celles-ci écrivaient différemment de leur compatriotes masculins.

Cette politique de soutien aux échanges culturels, indispensable en cette période troublée que traverse l’Irak, est accompagnée d’une action ambitieuse d’achat par l’ambassade d’œuvres d’artistes irakiens contemporains dont le travail est aujourd’hui représenté au sein des différents services de l’ambassade. Parmi les acquisitions les plus récentes peuvent être cités les tableaux de Yusra al-Abadi et Wadhah Mahdi qui ornent depuis peu nos murs ou les céramiques de Qassem Hamza, sans oublier les œuvres de Qassem Sabti ou Lamia Al Jwari. Ces oeuvres de différents artistes irakiens contemporains sont toutes visibles dans l’album qui leur est consacré sur la page Facebook de notre poste diplomatique. Elles illustrent à leur manière, par leur présence à nos côtés dans un quotidien où nos possibilités de déplacement sont hélas limitées, le lien fort qui unit les représentants de la France en Irak à tous les artistes et créateurs de ce pays. Nous soutenons leurs créateurs mais leurs œuvres nous soutiennent aussi en retour. Elles nous rappellent heureusement, par-delà les barbelés et les T-walls, la vitalité et le génie de la société irakienne. Une société qui « créé malgré tout ».

Dernière modification : 20/06/2016

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