La chute du régime de Saddam Hussein, consécutive à l’intervention armée de la Coalition en Irak, en mars 2003, a bouleversé les données de la politique irakienne. Le pouvoir a alors échu à une alliance dominée par les Chiites et par les Kurdes, longtemps exclus de la gestion des affaires de l’Etat, et à des responsables politiques dont beaucoup sont revenus d’exil. A contrario, la communauté sunnite a dû se résoudre à un partage du pouvoir.
Sur le plan juridique, un régime d’occupation a alors été mis en place, qui a remis l’administration du pays à une Autorité Provisoire de la Coalition (CPA) assistée d’un Conseil Intérimaire de Gouvernement, nommé par les puissances occupantes. Une constitution provisoire (« Loi d’administration de l’Etat ») est adoptée en mars 2004 à l’initiative de la CPA.
Le 28 juin 2004, l’Irak a recouvré juridiquement sa souveraineté, la CPA ayant alors été dissoute. Un exécutif intérimaire comportant une présidence, avec à sa tête M. Ghazi Al Yaouar, et un Gouvernement dirigé par Iyad Allaoui, ont assumé le pouvoir. La Force Multinationale (FMN), forte de 160.000 hommes, composée pour l’essentiel de soldats américains, a été maintenue en Irak, répondant ainsi à une demande du gouvernement irakien. Son mandat a fait l’objet d’un renouvellement annuel par le Conseil de sécurité de l’ONU (le résolution 1723 a prolongé sa présence jusqu’à la fin 2007).
Depuis lors, de nombreux pays contributeurs à la FMN ont réduit ou retiré leur contingent (dernièrement l’Italie et le Japon). Une partie de la population irakienne est hostile à cette présence militaire étrangère, cible d’attaques régulières par des groupes armés qui entretiennent un climat d’insécurité. Seul le nord du pays (Kurdistan) bénéficie d’un calme relatif, mais on observe ces derniers temps une montée de la tension, notamment autour de Kirkouk.
b) Les élections de 2005 et la mise en place de nouvelles institutions (2005-2006)
L’Administration américaine, les autorités irakiennes et les Nations Unies ont mis au point, après des discussions difficiles, un calendrier de la transition politique, avalisé par la résolution 1546 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 8 juin 2004.
Aux termes de ce calendrier et des dispositions de la constitution provisoire, des élections générales ont été organisées le 30 janvier 2005 Elles ont conduit à la formation d’une Assemblée nationale et d’un Gouvernement transitoires, puis à l’adoption, par référendum, d’une constitution en octobre 2005. De nouvelles élections ont eu lieu en décembre 2005 sur la base de ce texte pour mettre en place les institutions permanentes de l’Irak.
Alors qu’ils avaient refusé de participer aux premières étapes de ce processus et boycotté les élections de janvier 2005, un certain nombre de partis et mouvements politiques, notamment sunnites, ont pris part au référendum constitutionnel d’octobre 2005, obtenant la promesse d’une révision constitutionnelle en 2006 afin de rééquilibrer un texte qui, à leurs yeux, menaçait l’unité et l’intégrité de l’Irak.
La participation aux élections législatives du 15 décembre 2005 a été plus importante (environ 70 %) que lors des scrutins précédents. Les Alliances chiite et kurde (« Alliance irakienne unifiée », « Alliance kurde »), vainqueurs du scrutin de janvier 2005, et qui se sont partagé le pouvoir en 2005, ont conservé l’essentiel de leurs positions.
Les partis sunnites (« Front irakien de la concorde », incluant notamment le Parti islamique ; « Front irakien pour le dialogue national ») ont obtenu cette fois une représentation au Parlement, tandis que le résultat de la « Liste nationale irakienne » de l’ancien Premier ministre Allaoui était inférieur à celui obtenu en janvier 2005.
c) Le Gouvernement d’unité nationale de M. Nouri Al Maliki (mai 2006)
Après plusieurs mois de difficiles tractations, un « Gouvernement d’unité nationale » a été investi en mai 2006, sans ministres de l’Intérieur ni de la Défense, ces fonctions n’ayant pu être pourvues qu’en juin 2006. La coalition gouvernementale n’a pas cessé de s’effriter face aux défis qui lui fallaient relever : révision de la Constitution ; mise en oeuvre du fédéralisme avec notamment la création des régions ; résolution du statut des territoires contestés, en particulier de Kirkouk ; adoption de législations aussi importantes que la loi sur les hydrocarbures, l’investissement, l’organisation des élections provinciales, etc. Miné par les divergences et le communautarisme, le Gouvernement n’a pu trancher aucun des problèmes de fond censés déterminer l’avenir de l’Irak, remettant leur résolution à plus tard. Sans surprise, les démissions se sont multipliés : tous les ministres sadristes, plusieurs ministres de la Liste irakienne (laïque), la majorité des ministres du Front de la concorde (sunnite).
La situation sécuritaire s’est en revanche fortement améliorée à partir de l’automne 2007 du fait de la mise en oeuvre d’une stratégie militaire de lutte contre al-Qaïda et les mouvements insurrectionnels à partir de février 2007 ("le surge" américain) et grâce à la trêve décrété par l’armée du Mahdi, ainsi que la constitution progressive de Fronts du réveil ("Sahwa) qui ont pris les armes contre al-Qaïda à travers tout l’Est et le Nord de l’Irak.
Cette amélioration de la sécurité reste fragile dans la mesure où la crise politique n’a pas été réglée. Les dirigeants irakiens ont annoncé être parvenus, début janvier 2008, à un accord visant à renforcer l’exécutif en lui assurant un caractère plus consensuel. Toutefois, la mise en oeuvre de cet accord, ainsi que le remaniement gouvernemental annoncé depuis des mois comme imminents, tardent, alors que le vote de la loi de finances 2008, le 13 février, a donné lieu à des tiraillements au sein même de la majorité parlementaire.
