Présentation : La coopération et l’action culturelle française en Irak

Héritière d’une longue tradition de partage et d’échange, la coopération franco-irakienne compte parmi les plus importantes et les plus actives en Irak. Nos actions sont menées avec le souci de concentrer nos interventions, de les inscrire dans des projets structurants à moyen terme et de les construire dans un partenariat étroit avec nos interlocuteurs irakiens.

Malgré la crise actuelle, les enjeux humanitaires, de gouvernance et de développement sont prioritaires dans notre action.

La protection du patrimoine irakien menacé dans le contexte du conflit en cours constitue une urgence déjà identifiée par la communauté internationale et notre objectif est d’intervenir en tant que relais auprès des autorités locales chargées du patrimoine.

La formation de la jeunesse irakienne est aussi une priorité de notre action de coopération. Le nouveau programme de bourses à coûts partagés doit, dans cette logique, attirer en France des étudiants irakiens de bon niveau, tout en agissant sur place pour enrayer le déclin de l’enseignement du français et de la francophonie.

Le développement de la société civile est également une priorité pour renforcer le caractère démocratique de l’Irak en s’appuyant sur la ligne générale de notre pays sur les questions de gouvernance, d’égalité des genres et de défense des droits de l’Homme.

Il conviendra enfin d’élargir, quand la situation sécuritaire le permettra, les programmes de l’Institut français d’Irak, seul pôle d’activité culturelle occidental actif présent dans le pays.

La coopération franco-irakienne s’organise autour de cinq grands volets d’intervention :

1. Appui à la société civile et coopération en matière de gouvernance

Le renforcement de l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des normes démocratiques par l’ensemble des acteurs participant de la société civile en Irak est l’une des priorités des autorités. L’objectif principal est celui de la coopération dans le domaine de la gouvernance, de l’Etat de droit et de la lutte contre la corruption, notamment par la formation de magistrats en partenariat avec l’ENM, de journalistes afin de les former aux techniques d’investigation financières (en partenariat avec l’Académie France 24) et de fonctionnaires des institutions gouvernementales pour développer la coopération en matière de justice administrative et entre les assemblées parlementaires.

Dans le domaine des droits de l’Homme, nous développons la participation de jeunes irakiens francophones, engagés dans les questions de citoyenneté, au programme d’attractivité LabCitoyen mis en œuvre par l’Institut français à Paris (http://www.institutfrancais.com/fr/labcitoyen). La thématique 2016, centrée sur les questions de santé publique, répond à une problématique de plus en plus cruciale : la dégradation du système de santé publique à la suite des années de guerre, et les nouvelles menaces sanitaires liées à la crise humanitaire (3,5 millions de déplacés internes) sont autant de défis qui se posent aujourd’hui.

2. La coopération universitaire scientifique et pour la recherche

La contribution à la formation des élites intellectuelles répond aux attentes des autorités irakiennes qui ont besoin de compétences pour la reconstruction du pays. C’est également une manière de préparer les voies par lesquelles notre influence pourra se manifester à nouveau dans un pays qui souhaite diversifier ses partenariats.
Actuellement, 152 étudiants poursuivent toujours des études en France. La signature d’une nouvelle convention est en cours avec le ministère de l’Enseignement supérieur (MESR) du gouvernement fédéral. Ce processus vise à assurer une meilleure sélection des boursiers en amont et à organiser en Irak une première phase de formation linguistique conditionnant le départ en France des candidats.

Quatre domaines sont aujourd’hui prioritaires : la médecine, les études d’ingénieurs le droit administratif et la langue française (refondation des modalités d’enseignement et amélioration qualitative).

Nous collaborons étroitement avec les Universités de Bagdad, de Mustansyria et Salahaddin les plus importantes d’Irak, et nos contacts sont réguliers avec leurs responsables qui se rendent en France, à notre invitation, pour développer ou initialiser des liens, avec des universités françaises. Nous entretenons également des liens avec les responsables du département langue française de l’Université de Mossoul, exilés au Kurdistan depuis que la ville est tombée aux mains de Daech.

3. La coopération linguistique et éducative

3.1 L’enseignement de la langue française

Une soixantaine d’écoles (sur près de 5 000) proposent aujourd’hui le français comme seconde langue étrangère. La moitié d’entre elles se trouvent dans le gouvernorat de Bagdad où quelques 250 enseignants y seraient affectés. Le nombre total d’élèves apprenant notre langue est d’environ 32 000.

Une fois obtenu leur baccalauréat, ceux qui souhaitent poursuivre l’apprentissage de la langue française peuvent se tourner vers l’Institut français d’Irak (Bagdad et antenne d’Erbil) ou se diriger vers l’une des quatre facultés de français du pays, implantées dans les universités de Bagdad (Universités de Bagdad et d’Al Mustansiriya), Erbil et Mossoul (cette dernière étant fermée depuis que la ville est occupée par Daech).

Deux mille élèves apprennent aussi le français au niveau élémentaire dans quelques établissements privés, parmi lesquels deux établissements confessionnels à Bagdad (l’école Saint-Raphaël dirigée par des Dominicaines irakiennes et une école grecque orthodoxe). Dans la région autonome du Kurdistan, cinq établissements, dont l’école Markhardagh-Ainkawa à Erbil et le lycée international de Dohuk, enseignent le français à partir de l’élémentaire. Il existe également deux écoles françaises au Kurdistan d’Irak, à Erbil et Souleimanieh.

Afin de développer l’enseignement de notre langue en Irak, un plan de formation continue a été mis en place à destination des enseignants du secondaire, des départements de français des 4 universités ainsi que de l’Institut français. En 2015 ce sont plus de 50 enseignants qui ont bénéficié de stages dans différents organismes en France (Universités BELC, Cavilam Alliance française, Université de Lyon 2 et Université d’Artois.)

3.2 L’enseignement en français

Suite à la signature d’une convention entre la Mission laïque française (MLF) et le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), le 9 octobre 2009 à Paris, la mission laïque française (MLF) avait ouvert à la rentrée 2009-2010 deux écoles internationales françaises dans la région du Kurdistan d’Irak, à Erbil et à Souleymanieh.

• Ecole Danielle Mitterrand d’Erbil
Avec plus de 160 élèves scolarisés à la rentrée 2015, l’école Danielle Mitterrand bénéficie désormais d’une image très positive, tant auprès des autorités locales que du public. L’école est aujourd’hui homologuée AEFE pour les cycles 1, 2 et 3 (maternelle et primaire). www.aefe.diplomatie.fr

• Ecole Danielle Mitterand de Souleymanieh
L’école, initialement soutenue par la MLF, a dès son ouverture été confrontée à de graves difficultés. Sa fermeture officielle est intervenue le 30 juin 2013.
L’association franco-kurde « Dialog » a créé depuis une nouvelle école qui a ouvert ses portes dès la rentrée 2013 et qui accueille désormais plus de 130 enfants, dans les mêmes locaux. Elle porte également le nom de « Danielle Mitterrand » et va prochainement être soumise à une procédure d’examen en vue d’une habilitation AEFE .

4. La coopération culturelle

4.1 Actions

La plupart des activités culturelles ont du être suspendues à Bagdad temporairement, depuis la recrudescence des violences sur le territoire irakien. Elle ont pu cependant reprendre au 1er janvier 2016 à Erbil (Kurdistan irakien).

Dans le domaine artistique, le service de coopération et d’action culturelle soutient des plasticiens, des cinéastes, des comédiens ou alors des jeunes intéressés par les métiers de la culture à travers l’organisation d’évènements en Irak (festival du film de Bagdad ou de Dohuk, soutien au théâtre irakien…) ou en France pour les plus talentueux. En 2015, 16 jeunes irakiens ont participé aux grands événements culturels français (Festival de Cannes, de la Rochelle, d’Avignon…) pour la plupart dans le cadre du programme CultureLab de l’Institut français : http://www.institutfrancais.com/fr/culturelab

4.2 La protection du patrimoine irakien

Depuis le 19ème siècle, la France a œuvré pour la reconstitution et la redécouverte du passé de l’ancienne Mésopotamie. C’est en effet à la suite des fouilles du consul de France Paul-Emile Botta sur le site de Khorsabad, l’ancienne capitale du roi Sargon d’Assyrie au 8ème siècle avant J-C au nord de l’Irak, que le premier musée assyrien du monde fut créé au Louvre le 1er mai 1847.

Cet investissement du Musée du Louvre dans le domaine de la conservation des antiquités mésopotamiennes est appelé à se poursuivre. Il revêt toute sa pertinence dans le contexte actuel. Dans cet esprit, le président Hollande, a confié au Président-directeur du Musée du Louvre, M. Jean-Claude Martinez, une mission visant à définir des pistes d’action concrètes dans ce domaine.

A la suite de cette mission, trois priorités ont été dégagées : la lutte contre les trafics, la protection des œuvres et la mémoire des sites. A cet effet, nous mènerons plusieurs actions de formation destinées aux professionnels irakiens de la conservation du patrimoine en partenariat avec l’Institut National du Patrimoine (INP) ; à des archéologues en association avec l’Université de Paris I, ou le Département d’archéologie orientale et Mésopotamienne du Louvre et enfin à des officiers de police irakiens pour améliorer les techniques de lutte contre le trafic de biens et objets culturels.

4.3 Archéologie

L’activité archéologique de la France se concentre au Kurdistan, avec neuf missions actuellement menées par des équipes françaises. Notre présence archéologique reste assez faible en Irak, notamment au sud où nous ne sommes pas présents. La situation sécuritaire actuelle ne permet pas de faire des projections à court terme pour la reprise de nos activités archéologiques hors Kurdistan, en dépit de son potentiel de prospection exceptionnel (on estime à quelques 15% le nombre de sites archéologiques qui auraient aujourd’hui été identifiés et exploités) mais le Musée du Louvre a marqué son intérêt pour la reprise de celles-ci.

4.4 L’Institut français d’Irak (IFI)

Inauguré le 11 février 2012, l’IFI a pris la succession du centre culturel français à Bagdad, qui avait été créé en 1953. L’IFI a été longtemps le seul centre culturel international à Bagdad en activité. Néanmoins, du fait de l’aggravation du contexte sécuritaire il est actuellement en sommeil.

L’objectif demeure la réouverture du site de l’IFI à Bagdad, qui devrait avoir lieu à la suite de travaux de sécurisation, et la reprise de la programmation culturelle avec appel aux partenariats et financements innovants.

L’antenne d’Erbil de l’IFI existe depuis novembre 2009, la stabilité du KRG a permis l’organisation de nombreux évènements culturels jusqu’à juin 2014. L’antenne d’Erbil a fait l’objet, elle aussi, de travaux de sécurisation en 2015 qui ont conduit à l’interruption des activités d’enseignement. Celles-ci ont repris en avril 2015 et les activités culturelles devraient reprendre à compter de janvier 2016.

4.5 L’Institut Français du Proche Orient (IFPO)

L’Institut Français du Proche Orient (IFPO) a ouvert à l’été 2011, depuis le mois de novembre 2012, il a quitté ses bureaux temporaires, pour s’installer dans la "maison Chalabi", située à l’intérieur de la citadelle d’Erbil qui a été classée en juin 2014 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Dans le cadre du fonds d’Alembert un colloque intitulé : Patrimoines vivants dans un Moyen-Orient en conflit : enjeux et approches des patrimoines et des identités culturelles en situations de guerre et de déplacements forcés, suivi de plusieurs séminaires dans des universités du sud et du nord de l’Irak auront lieu entre mai et octobre 2016.

www.ifporient.org

5. L’action humanitaire

La France, engagée sur le terrain depuis le début de la crise aux côtés des déplacés et des réfugiés d’Irak, a accordé, en cette fin d’année 2015, plus de 5,7 millions d’Euros d’aide humanitaire supplémentaire à l’Irak, répartie entre les actions du Programme Alimentaire Mondial, du HCR, du fonds de relèvement rapide – FFIS- du Programme des Nations Unies pour le Développement et du Comité International de la Croix-Rouge. S’ajoutant à l’aide attribuée tout au long du reste de l’année, ces contributions portent à près de 10 millions d’Euros le volume total de l’engagement humanitaire de la France en Irak en 2015. Il s’agit d’une hausse très importante, aboutissant, pour 2015, à un quasi doublement du montant total de l’aide accordée en 2014. Cette aide va prioritairement aux populations de déplacés internes irakiens sous la forme d’un soutien à leur alimentation et à leur habitat. Elle se traduira aussi, dans des zones libérées de la présence de Daech, par un appui au retour de populations déplacées.

L’un des projets phares de notre action humanitaire demeure la réhabilitation du camp de déplacés de Bardarash situé dans le gouvernorat de Dohuk et peuplé de plus de 10 000 déplacés issus de la minorité Shabak. Dans ce cadre, une école destinée à accueillir les enfants du camp a été inaugurée début décembre en présence du gouverneur de Dohuk et du directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS). http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/action-humanitaire-d-urgence/

La construction de cette école, initiée par le CDCS, en lien étroit avec notre ambassade, découle d’un partenariat associant plusieurs acteurs publics, privés et associatifs : l’ONG Mission Enfance, qui a réalisé les travaux ; la région PACA, qui a fourni un appui financier via le Fonds d’action extérieure des collectivités territoriales du CDCS ; l’entreprise Lafarge, qui a livré du ciment pour construire le bâtiment ; l’UNICEF, qui a donné des cartables et du matériel pédagogique ; la fondation Barzani, qui a distribué les fournitures scolaires.

Ouverte le 15 novembre, cette école va permettre de scolariser la moitié des 2 000 enfants du camp. Une deuxième partie sera construite en 2016 visant à scolariser la totalité des enfants du camp.

Par ailleurs l’aide humanitaire de la France à l’Irak est déployée par l’intermédiaire des agences des Nations Unies, qui coordonnent l’action de la communauté internationale et demeurent les mieux à même de piloter les projets sur l’ensemble du territoire. Ainsi, le Programme alimentaire Mondial (PAM) et le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) ont respectivement reçu de la France un total de 4,5M€ et 2M€ pour leur action humanitaire en Irak en 2015.

Dernière modification : 20/06/2016

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