Kurdistan d’Irak : Un climat des affaires favorable et des opportunités nombreuses

La Région autonome du Kurdistan est constituée de trois provinces : Erbil, Souleymanieh et Dohouk. Elle est présidée par M. Massoud Barzani, élu au suffrage universel et assisté par un gouvernement dirigé par M. Nerchiwan Barzani. Ce gouvernement se veut un « gouvernement d’union » associant huit des onze listes représentées au Parlement d’Erbil, traduisant les équilibres entre les trois provinces et les différentes communautés (Kurdes, Arabes sunnites, Assyro-Chaldéens, Yézidis et Turcomans). La population est de 5 M d’habitants dont la moitié a moins de 20 ans.

Le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) qui entretient à l’étranger plus d’une vingtaine de « bureaux de représentation », dont un à Paris, est autonome pour la fixation de son budget. En dehors de « recettes douanières » et désormais de pétrodollars (1 USD par baril exporté), ce dernier est alimenté par une dotation budgétaire de Bagdad qui représente 17 % du budget fédéral, soit 13 Mds USD en 2013. Les ministères des Municipalités et du Tourisme, de l’Agriculture et des Ressources en Eau, du Logement et des Travaux Publics, sont attributaires des enveloppes les plus élevées avec respectivement 674,5 MUSD, 514,2 MUSD (montée en puissance du financement d’importants projets d’irrigation) et 505,2 MUSD.

La normalisation de la situation sécuritaire depuis septembre 2013, date du dernier attentat à Erbil, représente un avantage certain, à l’inverse du reste de l’Irak. Les déplacements dans les trois provinces kurdes, ne sont pas soumis à des mesures de sécurité particulières. Les aéroports d’Erbil et de Souleymanieh accueillent des vols réguliers en provenance des principaux centres d’affaires de la région (Amman, Beyrouth, Doha, Dubaï, Istanbul notamment). Deux liaisons directes sont assurées par des compagnies européennes : Erbil-Vienne (Austrian Airlines), Erbil-Francfort (Lufthansa).

Les récents conflits armés entre les combattants de l’EI et l’armée irakienne [1], ont quelque peu perturbé les dispositifs de sécurité qui ont été fortement renforcés aux frontières qui séparent le Kurdistan des pays voisins de l’Irak. Un gouvernement d’union nationale élargi à l’ensemble des communautés dominantes [2] a été créé et validé par le Parlement irakien le 10 septembre et devrait, à terme, déboucher sur un ensemble de décisions nationales prenant en compte les demandes kurdes [3].

Cette stabilité a permis d’assoir une véritable politique 1) d’attractivité en faveur des investisseurs étrangers qui repose sur une loi très favorable (ex : exonération de taxes pendant 10 ans, exemption de droits de douane sur l’importation des équipements, rapatriement des bénéfices du capital etc…), 2) de promotion de la Région comme porte d’entrée sécurisée du marché irakien pour les exportateurs (sous réserve que les entreprises/intermédiaires kurdes disposent de réseaux appropriés sur le reste de l’Irak et de connections solides avec les ministères à Bagdad). Selon le bureau des statistiques du GRK, le stock des IDE atteindrait, selon le BOI/ Board of Investment, 30 Mds USD en 2012 (l’essentiel - 10 Mds - aurait été investi dans le seul secteur pétrolier).

En l’absence de cadre légal national [4], le Kurdistan poursuit une politique pétrolière qui lui est propre, qu’il estime être conforme à la Constitution de l’Irak, mais qui constitue une source de tensions avec le pouvoir central. Ce secteur représente l’un des atouts majeurs de la Région et les découvertes récentes sont prometteuses : le GRK [5] vise l’exportation de 1Mb/j fin 2015 contre 150 000 en 2013. En fonction des investissements à venir, elles pourraient atteindre 2 Mb/j d’ici huit ans. Techniquement cette augmentation de la production (jusqu’à 1 MB/j) est possible, mais elle nécessitera des investissements que la plupart des opérateurs actuellement présents au Kurdistan ne sont pas capables de réaliser seuls.

La Région du Kurdistan connait un développement rapide avec une croissance évaluée à plus de 10% par an ces deux dernières années. Alors que le secteur public représente 48% de la population active au Kurdistan, le secteur privé occupe une place de plus en plus importante, sans qu’il soit possible de le quantifier, faute de statistiques. Son développement est dû à deux facteurs : 1) la volonté politique de développer le secteur privé ; 2) la constitution de « grands groupes » spécialisés dans les services, le trading, la construction et les infrastructures. Le choix du bon partenaire local est indispensable pour pénétrer le marché du Kurdistan.

Les infrastructures constituent une priorité majeure du GRK. Indépendamment de la construction des aéroports d’Erbil, de Souleymanieh et de Dohouk, de nombreuses routes et ponts ont été construits au cours de la décennie écoulée pour faire du Kurdistan la porte d’entrée nord du marché irakien. La proximité avec la Turquie est capitale puisque la part des entreprises turques sur le marché irakien est estimée à 23% et près de 70 % au Kurdistan1 [6]. Lafarge, premier investisseur au Kurdistan [7], dispose de trois cimenteries, proches de Souleymanieh, qui en font le premier fabricant de ciment en Irak (60% du ciment produit en Irak et 30 % du ciment consommé). L’Irak reste un pays cible pour Lafarge qui envisage d’autres projets dans le Sud du pays, dans la région de Bassora et Nassiriya, afin de couvrir l’intégralité du pays.

L’expansion continue depuis plusieurs années de ce secteur d’activité – dominé par les entreprises turques - est visible. Erbil en est l’illustration la plus flagrante : en un an, plusieurs nouveaux quartiers ont été aménagés ; les hôtels (en moyenne 3 à 4 ouvrent chaque mois) et les centres commerciaux se sont multipliés. La grande distribution française est présente : Carrefour a ouvert son premier hypermarché début 2011, en partenariat avec un investisseur local et envisage de poursuivre son développement (3 nouvelles unités en projet). Auchan a ouvert son premier hypermarché en Juin 2014. Fort de sa stabilité et de son capital naturel, le Kurdistan souhaite aussi développer les infrastructures touristiques et de loisirs.

La Région autonome bénéficie de 22 heures d’électricité par jour. La puissance installée a progressé avec la mise en service de la centrale d’Erbil (1.000 MW), celle de Souleymanieh (850 MW) et de Dohouk (650 MW). Les réseaux de transmission et de distribution font l’objet d’un processus continu de modernisation et d’extension.

Actuellement, la Région est dotée d’une capacité électrique de 2700 MW pour 5 millions d’habitants, produite par trois centrales à cycle combiné se situant à Erbil, Dohuk et Sulaymanieh.

Le MoE (Ministry of Electricity) de la Région autonome du Kurdistan entretient d’excellentes relations avec les sociétés européennes et françaises [8] dont il reconnait l’expertise, la qualité des matériels et des équipements (Class1).

Le Kurdistan irakien constitue la première zone agricole du pays et la plus ancienne de la région. La relance de l’agriculture et sa modernisation constituent une priorité du GRK. En 2009, le GRK a lancé un plan quinquennal de renaissance de son agriculture, mais la production reste insuffisante. La France peut profiter de cette opportunité pour étendre sa filière agro industrielle et alimentaire, le Kurdistan important 80% de ses besoins alimentaires ;

Par ailleurs, le Kurdistan est l’une des régions du Moyen Orient parmi les mieux dotées en ressources hydriques (niveau moyen de précipitations de 250 à 1 500 mm par an). Les trois provinces sont arrosées par le Tigre et ses affluents. La question de la gestion de l’eau est centrale. Deux FASEP ont été accordés par l’Etat français sur ce secteur en faveur 1/ de Seureca, pour réaliser le schéma directeur d’assainissement des villes de Soran et Khalifan (province d’Erbil) ; 2/ du consortium Société du Canal de Provence (SCP) / Office International de l’Eau (OIE), pour réaliser le schéma directeur de la gestion intégrée des ressources en eau du bassin de la rivière Greater Zab. L’AFD évalue avec la Banque mondiale la possibilité de financer un important projet d’irrigation et de développement agricole dans la région de Soran.

Le GRK a fait l’annonce de trois barrages majeurs dans la région, opérationnels en 2018, dont celui de Gomaspan, à 30 km d’Erbil C [9]. Le gouvernement espère produire une capacité totale de stockage de 38 Md m3 d’eau, destinée à couvrir les besoins du secteur agricole, des centrales hydroélectriques, des besoins d’approvisionnement en eau de la population ainsi que de l’industrie touristique appelée à se développer dans la région.

De nouveaux projets d’adduction d’eau et de réseaux de distribution sont à l’étude et devaient voir le jour à l’issue des élections iraquiennes. Plusieurs consultations pourront être lancées, dès que les antagonismes politico-budgétaires seront aplanis entre les deux gouvernements.

[1Offensive de l’EI sur Mossul, la deuxième plus importante ville d’Irak

[2Chiite, sunnite et kurde

[3Versement de la quote-part du budget fédéral, statut des territoires disputés, prise en charge des peshmergas dans l’armée irakienne, discussions sur partage des revenus des exportations de pétrole kurde)

[4La loi kurde de 2007 sur le pétrole n’a jamais été validée par le parlement irakien

[5Gouvernement régional du Kurdistan

[60 Mds d’échanges commerciaux annuels

[7Avec un investissement de 1 Md USD depuis 2007

[8Alstom, Schneider, ABB, Siemens, GE

[9onstruit par une compagnie turque Atac Insaat, il est considéré comme le plus gros projet de construction de la région depuis la première guerre du Golfe, d’une hauteur de 70 mètres avec un capacité de 70 M m3

Dernière modification : 23/09/2014

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